La céramique antique de Murol

En 2010 plusieurs caisses de mobilier archéologique ont été redécouvertes dans les soubassements de la mairie de Murol. Ce mobilier tout comme les objets exposés au musée archéologique de la ville  proviennent de divers sites dans le Puy-de-Dôme et notamment de la région de Murol (principalement des ramassages ou fouilles de Léon Boudal à la fin du XIXème siècle et d'Henri Verdier dans les années 60-70).

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Bien qu'il soit impossible de relier formellement ce matériel à un contexte archéologique défini, étudier ce type de mobilier représente un enjeux considérable pour l'archéologie actuelle, tant les musées et dépôts archéologiques regorgent de ces caisses "perdues".

Dans ce cadre et compte tenu de l'importance de la collection de céramiques gallo-romaines, une équipe de l'université de Rennes 2 a entrepris l'inventaire et l'étude de ces poteries.

Étudier une céramique sans contexte

De nos jours, travailler à l'interprétation d'un mobilier hors stratigraphie, sans pour autant étudier les particularités liées sa fabrication ou composition, représente une forme de paradoxe.

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Depuis le siècle dernier, l'archéologie ne s'attache plus réellement à la signification de l'objet mais à celle du contexte. L'objet est alors considéré comme partie d'un tout correspondant à une situation historique donnée et non plus étudié pour lui-même. Ce mode d'interprétation fut un réel progrès pour l'archéologie, grâce, entre autre, à l'arrivée de la stratigraphie. Mais dans ce cas, que faire du mobilier issu des fouilles anciennes dont bien souvent la provenance n'est pas certaine, mais qui représente pourtant une masse de données inexploitées considérable ?

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C'est fort de ces réflexions que nous avons considéré la collection de céramiques antiques de Murol. Lors de l'étude nous avons ainsi pu constater qu'un ensemble de céramiques se distinguait du reste du  corpus des sigillées. Il s'agit de plusieurs fonds appartenant à des coupes, bols et assiettes, ces fragments ont tous été brisés de manière intentionnelle et selon un mode bien précis :

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  • Certains fonds de bols et d'assiettes qui portaient une estampille ont été soigneusement découpés de manière à mettre en évidence cette dernière.
  • Les lèvres et rebords des coupes ont été soigneusement et systématiquement enlevés, et certaines coupes ont été percées en leur centre.
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Ce mode de fragmentation de la céramique est bien connu dans le monde gréco-romain et est relativement fréquent dans les sanctuaires. Casser volontairement des poteries représente alors un acte symbolique fort qui fait passer l'objet du monde humain au monde divin. Une fois fragmentés selon un mode bien précis et spécifique, ces objets étaient ensuite enterrés dans de grandes fosses-dépôts. L'ensemble qui nous concerne, compte tenu de la concordance des datations (entre la seconde moitié du Ier siècle et le premier quart du IInd siècle de notre ère) et du type de fragmentation est probablement assimilable à un seul et même acte rituel.

De provenance indéterminé ?

S'il est impossible de déterminer avec précision la provenance de ces poteries, nous savons que des fouilles anciennes sur deux sites gallo-romains ont été opérées à proximité immédiate de Murol : à Rajat et à Jassat.

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Le site de Jassat situé au Sud de la commune de Murol a été fouillé à la fin du XIXème siècle par Léon Boudal, l'ancien abbé de la paroisse et à ses heures perdues archéologue amateur. La fouille mit au jour des restes de bâtiments que l’abbé-archéologue interpréta comme étant une villa gallo-romaine. Néanmoins, de cette fouille il ne nous est parvenu que peu de documentation, et le mobilier qui en est issu a été dispersé hormis quelques objets visibles dans le musée archéologique de Murol et à l’hôtel de Pins.

Sur le plateau de Rajat au Nord de la ville de Murol, Henri Verdier fouilla de 1954 à 1957 une structure maçonnée de forme quadrangulaire qu'il interpréta comme étant un petit temple gallo-romain (un fanum).

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En 1963 il écrivit un article dans la revue Gallia faisant le compte rendu de ces quatre années de fouilles sur le fanum de Rajat. Il y décrit une petite construction  d'environ quatre mètres de côté et qui contenait du mobilier antique.

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Par Antoine Cocoual

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